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20 novembre 2000 1 20 /11 /novembre /2000 00:00
Le concept d’information warfare (IW), que l’on traduit en français par maîtrise de l’information (MI), a donné lieu depuis cinq ans aux États-Unis à une profusion d’analyses, d’études, d’articles et de textes doctrinaux souvent liés au vaste thème de la Revolution in Military Affairs (RMA).En France, le même intérêt se fait jour pour la MI, avec le traditionnel décalage. Les états-majors, la DGA, les industriels réfléchissent aux implications du concept sur la guerre future, l’apparition de nouvelles vulnérabilités, la nécessité de développer de nouveaux équipements et d’adopter de nouvelles procédures et de nouvelles organisations de forces. Afin de sensibiliser l’ensemble des armées et de poser des jalons pour une doctrine française en la matière, l’EMA a consacré un chapitre à la MI dans son document doctrinal sur l’emploi des forces . Ce document, essentiellement évolutif, a le mérite, pour la première fois, de préciser le contenu du concept et les principes d’action que l’on doit en tirer.

Il n’en demeure pas moins que, aussi bien aux États-Unis qu’en France, il règne une grande confusion sur le contenu et la portée du concept. Pour certains, il ne s’agit que d’une évolution des techniques de communication et de traitement de l’information qui peut conférer à celui qui les détient un avantage tactique décisif. Il ne s’agirait somme toute que d’une extension de la guerre électronique. Pour d’autres, la conduite même des opérations et l’organisation des forces en seraient affectées. Ce sont les adeptes de la RMA. Pour d’autres enfin, ce serait une remise en cause fondamentale des objectifs de la guerre et de la façon de la mener. De plus chacun place sous ce vocable les moyens et les modes d’action les plus divers qui vont du moyen de leurrage d’un autodirecteur de missile aux techniques de "management de la perception" destinées à influer sur le processus de décision adverse.

Certes, la découverte du rôle de l’information dans l’art de la guerre n’est pas nouvelle. Les grands stratèges du passé l’avaient amplement souligné. Les notions clausewitziennes de brouillard et de friction du champ de bataille se réfèrent déjà à la difficulté pour le commandement d’apprécier une situation opérationnelle. Les concepts de la MI se relient aisément à chacun des principes de l’art de la guerre (clarté des objectifs, exploitation de l’initiative, effet de masse, économie des forces, importance de la manœuvre, unité de commandement, surprise, etc.).

Au demeurant, il n’est pas étonnant que le concept de MI soit mal précisé puisque la notion d’information, elle-même, est des plus floues. Parle-t-on d’éléments binaires d’information au sens de SHANNON, du signal issu d’un capteurs, des données brutes issues d’un radar, de la connaissance acquise sur une situation tactique, du jugement que l’on peut porter sur cette situation ou de valeurs culturelles ou éthiques ? Que s’agit-il donc de maîtriser ? Au reste, le terme maîtriser prête aussi à interprétation. S’agit-il de connaître et de contrôler pour conserver une marge d’initiative ou s’agit-il de dominer en imposant sa loi ?Une étude menée en 1999 par la FRS pour le compte de la DGA a permis de préciser cette problématique et de dégager et classer les concepts qu’implique la maîtrise de l’information pour la défense d’un pays comme la France.

Dans le jeu d’une coalition, le rôle d’un pays comme la France est plus complexe que le rôle de la puissance dominante, puisqu’il s’agit de coopérer tout en préservant une certaine autonomie de décision. Tirant les conséquences de ce constat, on a jugé nécessaire d’adjoindre aux postures "classiques", Défensive et Offensive, deux postures fortement couplées, Coopérative et Autonome. Ces postures, dans le domaine de la maîtrise de l’information qui nous concerne ici, doivent gérer un équilibre subtil entre des informations partagées et des informations exclusives.L’approche utilisée était essentiellement multicibles et centrée sur les sept cibles suivantes :
- C4I : systèmes d’information militaires (commandement et communication),
- Forces : unités déployées sur le terrain et considérées sous l’angle de l’information (signatures, comportement, renseignement),
- Économie : grands secteurs créateurs de richesse de la production et de la distribution (usines, centres commerciaux, centrales électriques, etc.), infrastructures (transports, télécommunications), marchés financiers, etc.,
- Population : opinion publique, médias, etc.,
- Centres de décision : administrations centrales et locales, syndicats, etc.,
- Politique : organisme du pouvoir politique, parlement, conseils régionaux, partis politiques, hommes politiques, etc.,
- Droit/Éthique : lois et jurisprudences, tribunaux, juges, autorités morales et religieuses, échelles de valeurs, etc.

La pertinence de ces cibles peut être discutée, mais elles ont paru couvrir la majeure partie du domaine d’action de la maîtrise de l’information.

La notion de "cible", utilisée ici, a l’avantage : de s’affranchir du clivage classique en niveaux polico-stratégique, opératif et tactique que les technologies de l’information rendent de plus en plus artificiel, de déboucher directement sur des moyens et des modes d’action concrets existant ou à développer. Les notes attribuées par l’atelier aux fonctions, pour chacune des 7 cibles et des 4 postures, permettent de porter un jugement sur les capacités actuelles de la France en matière de maîtrise de l’information.

L’analyse confirme certaines impressions intuitives : la posture défensive est actuellement privilégiée par rapport à la posture offensive, pourtant souvent nécessaire pour réaliser un niveau minimum de capacité, la posture coopérative, qui est au centre de toute opération en coalition, semble prise en compte, mais la posture autonome qui lui est antagoniste reste mal cernée, les cibles les mieux traitées actuellement sont le C4I et les Forces ; les cibles Population, Centres de décision et Politique, pourtant jugées aussi critiques, correspondent à des capacités insuffisantes et parfois inexistantes. L’analyse milite donc en faveur de l’étude de moyens défensifs mais aussi offensifs dans ces domaines. Ces moyens, que l’on peut rattacher à la guerre de l’information et à la guerre psychologique, bousculent les cadres juridiques actuels et les traditions culturelles de la France.

C’est le cas, notamment, des actions informatiques offensives et des opérations psychologiques qui posent des problèmes juridiques et éthiques que l’on ne sait pas surmonter actuellement.En matière d’opérations psychologiques, d’autres pays sont plus avancés que nous, comme la Grande-Bretagne, l’Allemagne et surtout les États-Unis. Les possibilités techniques existent (ressources des sciences cognitives et de l’ingénierie linguistique), mais la réflexion sur les concepts d’emploi reste bloquée.

Pour ce qui concerne les aspects fonctionnels, nos capacités de renseignement sont correctes et même bonnes dans certains domaines, mais nous donnent-elles pour autant les moyens d’une véritable autonomie stratégique ? En outre le problème de la détection des attaques adverses reste un problème difficile où presque tout reste à faire. Mais nous ne sommes pas les seuls !

Le domaine défriché par l’étude devrait être approfondi pour aboutir à la spécification d’une trame cohérente et suffisante de moyens pour la maîtrise de l’information, applicable à la France.

Source : Fondation pour la recherche stratégique

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Published by Cyberpolice - dans Cyberguerre
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