Pénétrer dans des systèmes informatiques est
à la mode à Saint-Pétersbourg, ancienne capitale
impériale, où a été formé Vladimir
Lévine, premier pirate russe ayant volé plus de 10
millions de dollars à Citibank en 1994.
« Tous les bons informaticiens de
Saint-Pétersbourg sont également pirates
informatiques », affirme Denis Khartchenko, un
ingénieur de 30 ans qui avait gagné sa vie pendant des
années grâce au piratage.
Ils pénètrent dans des systèmes
informatiques du Pentagone (ministère américain de la
Défense) et du FSB (services de sécurité russes)
ou entrent dans ceux des banques : le mythe et la
réalité sont indissociables pour les jeunes
diplômés des universités techniques russes qui
samusent à se procurer gratuitement des
« bricoles » ou rêvent de la gloire des
grands « hackers ».
« Deux centres scientifiques russes,
Saint-Pétersbourg (nord-ouest) et Novossibirsk (Sibérie),
ont la réputation dêtre de grands pourvoyeurs de
pirates informatiques de haut niveau », dit Konstantin
Kitaïev, le responsable du « Département
R » local du ministère de lIntérieur
chargé de la lutte contre les délits informatiques.
« Les délits dans ce domaine se multiplient en
progression géométrique », poursuit
M. Kitaïev.
Les pirates ont des motivations et des
spécialisations différentes. « Des
étudiants des écoles techniques pratiquent le cambriolage
des logiciels pour être in. Pour des gens sérieux,
cest une bonne source de revenus », raconte Denis
Khartchenko, actuellement employé dune
société informatique de Saint-Pétersbourg.
Il y a des pirates informatiques qui travaillent sur commande de
sociétés en volant pour elles des logiciels
spécialisés, selon Viatcheslav, un autre informaticien de
Saint-Pétersbourg.
« Ce nest pas très facile de
trouver à Saint-Pétersbourg un travail bien payé
pour un informaticien. Pourquoi ne pas gagner un peu dargent en
piratant si tu es capable de le faire ? », dit-il.
Le marché noir de la deuxième ville de
Russie est inondé de logiciels volés dont le prix est
nettement inférieur à celui des magasins
spécialisés.
« Dans le métro, vous pouvez pour 40
roubles (un peu plus dun dollar) acheter un soft rare qui
coûte plusieurs centaines de dollars »,
reconnaît Denis.
Les policiers sont cinq à lutter contre les
pirates informatiques dans la deuxième ville russe (5 millions
dhabitants) et ne gagnent que léquivalent de 80
dollars par mois, mais semblent être aussi passionnés par
leur travail que ceux quils poursuivent.
« Tous mes collègues sont des
enthousiastes. Des professionnels de leur niveau pourraient gagner cent
fois plus dans le secteur privé », souligne Alexandre
Vassiliev, chef-adjoint du « Département
R » qui a ouvert 345 enquêtes criminelles à
Saint-Pétersbourg au cours des huit premiers mois de 2001.
Quelque 1.375 délits ont été commis en Russie en
2000 dans le domaine de linformatique et des hautes
technologies, selon les chiffres officiels.
« Pour la plupart des pirates informatiques
russes, leur activité nest quun passe-temps, mais
ils font très vite des progrès », estime
Alexandre Vassiliev.